PLANETE LOINTAINE - Li-An

Blog mi amigo,

planetelointaine

Planète lointaine est la première bd de Li-An que j'ai lu. Ca devait être l'année de sa sortie, en 98 et ça doit être une des dernières bd que j'ai acheté avant que ne commence ma desintox qui, donc, a duré pas loin de quinze ans. Alors pourquoi en parler aujourd'hui? D'abord parce que c'est à cause de Li-An que j'ai ressauté tête la première dans la BD, alors que je pensais bien en être débarrassé à tout jamais. Je cherchais des infos sur Jack Vance et je suis tombé par hasard sur son blog (il faut que tu y ailles, souvent, ce blog est une mine d'or, lis ses billets de fil en aiguille, ça parle de BD, d'illustration, de graphisme et de tonnes d'autre choses, c'est intelligent sans faire le malin, curieux, ouvert, érudit sans le montrer, tu vas y passer des heures, il faut que tu y ailles). Li-An est un fan de Jack Vance (moi aussi), il a produit une adaptation en 8 tomes très chouettes du Cycle de Tschaï.  Il est aussi fan de Moebius (moi aussi), comme on pouvait l'être à l'époque de Metal Hurlant (moi, Moebius, j'ai commencé par Giraud. Avec Nez-Cassé, mon premier album de Blueberry et de BD un peu sérieuse, et sans doute le plus moebiusien des albums de Giraud, qui m'a rendu moitié maboul. Je suis tombé sur du vrai Moebius un peu plus tard). Hors donc, vers 98, ça commençait à faire un petit bail que chaque nouvelle bande dessinée que je lisais me frustrait un peu, un peu plus à chaque fois, sans bien savoir pourquoi. Trop de redites, de formatages, d'applications de recettes, peut être. Je ne sais pas bien. Des BD trop vite lues, vite rangées, vite oubliées. Il y avait bien les nouveaux zauteurs, l'Association et toute la troupe, qui sortaient des trucs formidables une fois sur cinq ou dix. Leurs prises de distance plus ou moins intelligentes ou intellectuelles étaient sans doute nécessaires mais justement assez symptomatiques de ce qu'était devenu la BD: un domaine avec lequel il fallait prendre un peu de distance. En tout cas, dans tout ça, je ne ne trouvais plus ce que je voulais.

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(Cher blog, tu peux sauter le paragraphe suivant si tu es à court de temps. J'y disgresse à plein tube, il se peut que j'y dise pas mal de conneries). Pourtant on n'avait jamais eu autant de BD sur autant de sujets différents. Alors que pour l'amateur de Fantasy, par exemple, les décennies d'avant avaient été carrément la période des vaches super maigres, on a vu débouler d'un coup tout un tas de trucs, et tellement pas bien que c'en était à te dégouter de ce genre majeur. Perso, en BD Fantasy, après La Quête de l'oiseau du temps, ça m'a été plutôt duraille de trouver des trucs vaguement exaltants. La saison des cendres, peut-être, le dernier essai semi-transformé avant la grande dégringolade. Il y avait bien le (alors) génial Donjon de Trondheim et Sfar qui pointait son nez, mais je le trouvais déjà involontairement (?) nostalgique et, là encore, symptomatique de l'état des choses. Et apparemment, ca ne s'est pas calmé depuis. Je viens de lire l'interview d'un scénariste d'une nouvelle BD fantasy. Le gros du propos c'était: "en fait l'univers est vachement décalé tu vois. On a repris tous les poncifs du genre, mais avec un nouvel angle, tu vois. Par exemple, on a des elfes, mais tu vois, y sont malades, faiblards, pas du tout super puissants. Achement différents de ce qu'on voit d'habitude, tu vois." Bordel, ça craint.  (En même temps je suis aussi tomber sur Varulf de Bonneval et Piette, sur Mémoires d'un guerrier de Marco, et sur le premier tome de Messire Guillaume de Bonneval et Bonhomme, et c'est vraiment pas mal). Pareil pour la SF. Après les grands classiques et plein d'autres trucs moins classiques et tout à fait formidab' (le Gazoline de Jano par exemple, que j'ai relu hier soir - quelqu'un a-t-il des nouvelles du tome2 ? - et plein d'autres trucs formidab'que j'oublie), les tombereaux de nouvelles BD SF qui arrivaient n'en étaient plus vraiment. Elles n'en n'utilisaient plus que les codes, comme un cadre facile, identifiable, balisé et rassurant. Je crois que c'est à partir du succès d'Aquablue que ça a dégénéré velu (mais j'ai bien aimé Aquablue). Alors que les gusses d'avant accouchaient de la SF ou de la Fantasy par nécessité (en tout cas ça y ressemblait), celle de décharger leur tête de vision(s) dans un cadre qui ne pouvait être que extra-ordinaire, hors des réalités, les gusses suivants faisaient de la SF sans raisons apparentes, en utilisant la SF elle même comme thème central à leurs histoires et univers. Faire de la SF, juste un prétexte à des aventures trépidantes dans des mondes exotiques en reprenant ça et là les ingrédients nécessaires mais incontournables à la tambouille. Faire de la SF, faire du western, faire du thriller... Ne restent que les décors et les costumes. Bref, c'était l'enfer. (comme dit plus haut, peut être que tout le paragraphe du dessus n'est qu'un ramassis de conneries pures. Peut être que j'ai tort. Peut être que c'est moi qui, à l'époque, essayais de me débarrasser de mes obsessions SF ou Fantasy. Y'a peut être un peu de ça. Peut être que j'ai aussi manqué de curiosité et n'ai pas trouvé les bons trucs. Y'a surement de ça aussi. Mais pas que. Je crois qu'ils ont produit des paquets de merde à la queue leu leu qui ont fait finalement beaucoup de mal à ces deux genres majeurs - again. Au point qu'aujourd'hui, on porte au pinacle une bouse comme Game of Thrones, pour vous dire, parce qu'il s'est passé le même bordel en littérature bouquin. Mais bon. Peut être que je me trompe. Mais je ne crois pas. Mais bon)

Hors donc, en 98, morose, je parcours les étalages et je tombe par hasard sur ce bouquin, Planète lointaine,  petit format de près de 200 pages en n&b...

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Pouf, une bonne dose d'oxygène. Un petit ovni, échappé d'un Métal Hurlant de la bonne époque qui n'aurait jamais vu le jour. Ca ne ressemblait à rien de connu, à part à du Moebius, évidemment, tendance Garage Hemétique, Long Tomorrow et Pharagonesia. Ca y ressemble, oui,  mais sans jamais être "à la manière de". Ce n'est pas qu'une question de parenté graphique (il y en a une), ni de références ou clichés communs (il y en a aussi), et encore moins de maniérisme (il n'yen a pas). La ressemblance tient à mon avis bien plus au mode d'expression et  au propos. J'avais lu quelque part Moeb expliquait que  son processus créatif relevait de la transcription sur papier d'un cinéma intérieur en écriture quasi-automatique. Spectateur heureux de ses propres visions qu'il enchainait une à une devant lui sur le papier. J'ai l'impression que c'est la même chose pour Li-An et Planète Lointaine. Et c'est une bonne raison IMHO de créer de la science fiction, fusse-t-elle , merdefuisse, non, meme si, merde merde, fut-elle, et l'accent bordel!, fût-elle moebiusienne  (j'en vois d'autres, mais pas beaucoup). Blog, mon ami, tu aimeras sans doute l'histoire de Planète Lointaine (même si on se fout un peu du scénario en lui même, ce n'est carrément pas l'intérêt premier ni le propos de cette BD). Elle part dans tous les sens (et c'est très chouette) en suivant les pérégrinations  de l'Ombre, un flic, à travers les territoires d'une planète lointaine prise en otage par le Grand Patron, un logiciel informatique. Un gouverneur à tête de canard, un syndicat du crime, un démon, des géants de pierre,  les peuples du Horla (et un tas de  références très vanciennes), une pin-up héroïne du magazine Funny Girl, magazine SF,BD,Sex et Politique, des duels en arène, des scènes de guerillas et de terrorismes, des.... C'est foisonnant, ça n'arrête pas, et ça retombe comme par miracle à la fin sur ses pieds. On a voyagé. Bien plus que l'histoire en elle-même, ce sont les visions de l'auteur, les trouvailles, les mini-univers à peine esquissés, les seconds couteaux, qui font tout l'intérêt de l'album. Du pur jus de tête un peu foutrac d'un créateur de mondes mélant avec brio SF et fantasy. Je ne sais pas comment dire, sans tomber dans le pompeux à deux balles (bon, tant pis), qu'il y a dans cet album, comme dans toutes les bonnes histoires de SF et de Fantasy au sujet desquelles je divaguais plus haut, un ingrédient fondamental qui s'apparente à la sincérité (de l'auteur), ingrédient qui fait toute la différence avec les bouses dont je parlais plus haut aussi. Aussi référencés et influencés qu'ils soient, tous les éléments de cette bd appartiennent à l'auteur et rien qu'à lui, intégrés, digérés, recrachés. Cet album me rappelle curieusement un des premiers bouquins de Trondheim. Je me demande si pour Li-An, Planète lointaine n'a pas été son Les carottes de Patagonie à lui. Une façon entre autre d'aller jusqu'au bout d'un projet en se débarrassant/libérant de quelques valises (Vance, Moeb) intimidantes  (s'il passe par là, qu'il n'hésite pas à me dire si je déconne à plein tube). Bref, Bloggy mon ami, si ton esprit n'est pas complètement pollué par la SF de prisunic (je n'ai pas dit "commerciale", ça n'a rien à voir, ce n'est pas du tout le problème), si tu aimes la littérature de voyage, tu devrais lire Planète lointaine illico. Moi, en 98, ça m'a fait un bien dingue.

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Depuis, Li-An a parcouru beaucoup de chemin. Ses univers ont radicalement changé, son graphisme a évolué vers quelque chose de beaucoup moins référencé (certains y voient du Blain, moi j'y vois du mieux que ça). Je veux pas faire mon fanboy, hein, mais j'ai lu tous ses albums et je les ai tous rangés au rayon "c'est du super bon" de ma bibliothèque. Jette un œil à son Gauguin (extraordinaire et noir, bien plus que ne peut le laisser penser la couv), à Fantomes Blancs (génial, avec Appolo au scénario), à son génial (merde, j'ai mis deux fois génial. On fait quoi, on le laisse? Y'a un autre truc qui vient là? non? 'Tain... bon ben je le laisse alors. Sûr? Faudra pas venir gueuler hein...) Boule de suif, à ses Enquêtes insolites des maitres de l'étrange (c'est mieux qu'Adèle Blanc sec et le tome 2 vient de sortir). Je veux pas faire mon fanboy, mais bon.

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Posté par olivier921 à 17:17 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur PLANETE LOINTAINE - Li-An

    Mon Dieu... J'avais déjà créé M.Totoche et son blog et voilà Olivier921 et son blog. Je sens poindre vers moi le doigt accusateur de l'Histoire en Marche.
    Ce n'est pas la première fois que je rencontre un fan de Planète - c'est devenu un peu culte comme BD - mais c'est la première fois qu'il en écrit autant dessus.
    Puisque je passe, en effet, y'a du Carotte de Patagonie (il faudrait que je publie un jour une interview réalisée par Appollo sur moi-même où j'explique ça), c'est d'ailleurs cet album qui a réussi à me libérer de Moeb. Je fais un clin d'oeil à Lapinot vers la fin de l'album.

    Posté par Li-An, 08 février 2013 à 19:02 | | Répondre
  • C'est mon côté marin, le curieux besoin de faire des phrases... Et yep, balance ton interview, je lirais bien ça.

    Posté par olivier921, 08 février 2013 à 19:47 | | Répondre
    • II va falloir que je retrouve ça dans mes archives...

      Posté par Li-An, 08 février 2013 à 20:36 | | Répondre
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