SOUVENIRS DE L'EMPIRE DE L'ATOME - Clerisse & Smolderen

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Bloggo my friendo.  Quelques lignes vite fait un peu sous le choc. Je me méfiais de cet album visiblement trop beau et trop bien fait avec ses airs à plaire aux gardiens du bon gout et de l'intelligence des Inrocks, de Télérama ou d'ailleurs. Mais pour faire court : sur cette terre marchent des géants super classes, ils se nomment Clerisse et Smolderen. Ce livre est un ovni édifiant, une somme de talent, d'intelligence, de travail et de connaissance brillante et sans clinquant (aucun). Durant mes deux, bientôt trois, lectures, j’ai tenté de retrouver dans le petit dépot opaque et bordélique de ma culture d’autodidacte sans talents, une partie de toutes les références de l'univers condensé dans ces 150 pages. Il y a Kandinsky, Klee, miro. Bon. Chez les designers, au premier plan, Eames et Loewy, bien sûr. Erno Goldfinger et aussi toute l'architecture Bauhaus. Buck Rodgers, Flash Gordon, H.G.Wells et Burroughs, facile,  une science fiction profondément ancrée dans le passé de l'humanité. Van Vogt et Cordwainer Smith, évidemment. Franquin fait son caméo, on me souffle que Greg n’est pas loin, on reconnait Zorglub, trop fastoche, et l’ancêtre de la Zorgmobile. Les cousines de la Turbotraction aussi, mais on s'approche là, peut-être, d'un effet de boucle. Les origines, ou pas loin, du style atome en direct de Marcinelle, donc. Du Hitchcock tendance La mort aux trousses et sans doute un bon paquet d’autres films qu'on a du voir, avec des gary Grant, Richard Burton, Liz taylor, tout en cravates et robes Dior.  Etc... Si j’en suis réduit, moi, pour faire le malin, à lister les éléments  d'un catalogue de références (et j'en rate certainement tout un tas), Souvenirs de l'empire de l'Atome fait tout l’inverse. Il ne s’agit pas d'une collection de clins d’œil et de citations, encore moins d'effets de style ou d'étalage démonstratif. Non. Ces références sont des parts constituantes du récit et de son univers,  son illustration naturelle, la traduction en éléments concrets de ce qui est raconté, sans aucune esbrouffe. Brillant et sans clinquant (donc).

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Le livre est magnifique (je le dis tout platement). Le dessin de Clerisse rappelle les grands classiques des cartoonists 50's, les pochettes de disques de Jim Flora, les bouquins pour enfants de Sasek ou d'Alain Grée dont j'avais hérité de mes cousins bien plus vieux, parfois même du Chuck Jones, sans n'être jamais, là encore, un hommage ou une copie de style virtuose. Il s'agit là d'une proposition de définition graphique, d'une synthèse stylistique d'une époque par un artiste génial. La mise en page est dynamique et inventive, les pages de garde sont de véritables petites œuvres d'art et de typographie. Le style n'est pas monolithique, évolue selon ce qu'il raconte. Clerisse joue avec des blocs de couleurs extra-terrestres, aux formes quasi- abstraites, façon découpage, les décalages et l'absence du trait donnent parfois des impressions de relief étonnantes. Quel boulot.... Et la production Dargaud est impeccable.

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L’histoire nous mène de 1950 à 1960 dans le désordre,  par étape et en zigzags, et jusqu’à 121 000 ans plus tard (« environ »), une série de flashbacks et de retours dans le futur, comme autant de modules reliés les uns aux autres et formant des boucles qu'on pourrait lire dans le désordre. Un récit en forme d'Atomium en somme.  Il s'inspire de la véridique histoire de Kirk Allen/Cordwainer Smith. Le personnage principal est Paul, employé du Pentagone, dont les supérieurs effarés découvrent tout à trac, qu'il prétend jouir d'une vue imprenable et en direct sur l'avenir de l'humanité. Et ce, depuis son enfance, à travers ses lectures des pulps de science fiction et sa relation télépathique avec Zarth Arn, héros emblématique de l'empire des étoiles. Avenir qu'il retranscrit obsessionnellement,  cartes, récits, arbres généalogiques, dans ses nombreux carnets. Paul est envoyé dare dare chez un bon psy. Il fera plus tard la rencontre de l'infame Zelbub, wannabe maître du monde avide des possibilités offertes par cette connaissance probable des technologies du futur. Rebondissements et suspense à tous les étages digne d'un Hitchcok sous amphets, un récit haletant et sans temps mort.

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"Une force d'un genre nouveau prenait forme.../...un autre genre d'intelligence était en train de passer aux commandes.../...de nouveaux concepts.... des armes inouies... moteurs, réacteurs et fusées...les créations de l'époque, la magie du futur!"Au delà de l'histoire de Paul, Souvenirs de l'empire de l'Atome nous raconte la notre, celle en tout cas d'une partie de l'humanité d'après la seconde guerre mondiale. Celle de l'époque où le quasi-putsch technologique et l'intrusion du modernisme dans le quotidien, promettaient l'arrivée rapide d'une ère nouvelle, d'un futur enthousiasmant, coloré et ludique. C'est aussi en corollaire l'illustration des peurs de l'accélération à toute blinde vers le futur, de l'incarnation désormais rendue possible de l'ennemi absolu et définitif. Les peurs de la bombe A et de la guerre froide. Tout à la fois l'histoire d'une foi naïve et optimiste dans le progrès matérialiste et la possibilité d'un nouveau jardin d'Eden, et celle d'une peur enfantine de l'inconnu, de l'échec et de la corruption, de la perversion possible d'une nouvelle religion par un nouveau Satan. Les enthousiasmes et les peurs des début de l'ère atomiques. C'est encore, et ce n'est pas rien, le panorama d'une certaine science fiction et un point exhaustif sur la période sans doute la plus marquante du design du XXème siècle. Une somme. En 150 pages de vraie bd, un condensé de la pensée esthétique et philosophique des années 50 et + dans le monde occidental. Bloggo, tu vois, je suis tout chamboulé, sous le choc.  Je vais pour me remettre d'aplomb, relire de ce pas un ou deux Blueberry et quelques vieux Shelton. Sur cette terre marchent des géants super classes. Ils se nomment Clerisse et Smolderen. 

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Posté par olivier921 à 18:48 - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires sur SOUVENIRS DE L'EMPIRE DE L'ATOME - Clerisse & Smolderen

    Ah, voilà un avis qui m'intéresse parce que je suis... assez méfiant vis à vis du travail de Smolderen, toujours très intelligent mais auquel je n'ai jamais totalement accroché.

    Posté par Li-An, 23 février 2013 à 17:45 | | Répondre
  • Tu peux aussi aller lire la chronique de Du9.... J'avais laissé un commentaire qui était "quoi?", tout bêtement (et qui a été effacé).

    Posté par olivier921, 23 février 2013 à 17:53 | | Répondre
    • Je vois que du9 est fidèle à sa réputation de grande masturbation intellectuelle - d'ailleurs le chroniqueur voit deux femmes (auteures).

      Posté par Li-An, 23 février 2013 à 18:02 | | Répondre
      • On leur reconnaitra une belle régularité. Pour en revenir à Souvenirs.., c'est vraiment beau et très intéressant graphiquement. Ca m'a scotché. C'est aussi très intelligent mais ça reste une '"vraie" bd, vraie histoire.

        Posté par olivier921, 23 février 2013 à 18:08 | | Répondre
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