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Cher Blog. Craig Thompson a dit: "Blue ravive mon enthousiasme d'antan pour la bande dessinée. Pat Grant est le Mark Twain australien, remplaçant le radeau de Huck par une planche de surf couverte de wax et un pinceau en poil de martre imprégné d'encre. Les grandes thématiques du racisme et de l'immigration se démêlent au cours d'une journée de la vie d'adolescents téméraires dans ce livre qui est un petit joyau parfaitement dépoli par la mer". Carrément. J'ai découvert Blue par hasard dans la file d'attente de la dédicace d'un obscur auteur orléanais au nom exotique à la librairie Super héros. Ca faisait au moins 15 ans que je n'avais pas mis les pieds dans cette librairie, rien n'a bougé, ça faisait tout drôle. J'ouvre donc ce très joli objet édité chez Ankama, format à l'italienne, et je reste tout bonnement scotché. Pat Grant dessine les vagues presque aussi bien que Rick Griffin. C'est beau comme du Crumb. Un graphisme hyper lisible, complexe, des cases pleines de détails sans aucune saturation. Tout en bichro grise et bleue toute en nuance. On navigue entre pleines pages et mini-cases, une mise en page très rythmée inventive et maitrisée. Un graphisme à la fois fluide et hyper léché, très beau, très abouti. Formidab', tout simplement.

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L'histoire est une sorte de road movie paresseux, une journée à Bolton, ville dortoir inventée de la côte est de l'Australie. On suit trois ados à tête d'ampoule (deux garçons une fille), un peu crétins, un peu crados, un peu losers, qui sèchent les cours pour aller surfer. Ils vont finalement suivre une voie ferrée du littoral à la recherche d'un cadavre hyper gore et donc super cool dont leur a parlé un collègue le matin même. Le récit est interrompu plusieurs fois par le narrateur, un des trois ados passé à l'age adulte, dont la vie est résumée sur une très chouette double page de photos souvenirs : le parcours mou d'une espèce de beauf loquedu, redneck à la petite semaine, moitié skin et paumé, employé de mairie aigri à Bolton, incarnation parfaite, on suppose, des hantises déprimées de l'ado qu'il était. Ca rappellera (et c'est clairement dit dans la très intéressante, mais visiblement très mal traduite, postface, qui nous parle aussi et entre autre de l'auteur et de son rapport au comics) le Stand by me de Stephen King. En parallèle, on suivra l'arrivée des étrangers, des aliens bleus et tentaculaires, qui viennent s'échouer sur la plage sur leurs radeaux de bric et de broc, et la réaction des autochtones. Blue parle de plein de choses et de rien en particulier. Ce n'est jamais complaisant ou démonstratif, c'est tout en impressions, sans pathos ni bons sentiments. Ca parle des déprimes poisseuses d'un ado, qui n'a pour tenir debout que les fantasmes de surf, les comics, et quelques potes trop semblables à lui même. Ca parlera à tous ceux qui ont passé des journées de loose totale en séchage de cours, zonage en skate et fumage de joints. Ca parle aussi à plusieurs niveaux du temps qui passe, du changement, de la bêtise etc. C'est un peu déprimant mais pas trop et pas que. Le travail de Grant est surtout enthousiasmant, on découvre un étonnant et grand graphiste, qui travaille en artisan dans sa cabane en bois, quelque part sur une plage du nord de l'Australie en surveillant le swell. Il me fait le même effet qu'un Crumb ou un Shelton (ou un trondheim, ou un Jano,  dans une moindre mesure), il donne une fiévreuse envie d'attraper un crayon et de dessiner, comme si c'était possible et la seule chose raisonnable à faire. "...un petit joyau parfaitement dépoli par la mer."

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